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Les pompiers touchés de plein fouet par la crise des urgences


Ces derniers mois, les fermetures des services d’urgence et des Smurs se sont multipliées. Les Sdis, qui assurent les premiers secours, subissent directement les conséquences de cette crise qui impacte notamment la disponibilité des volontaires. Un enjeu qui est au coeur du 129e Congrès national des sapeurs-pompiers qui se tient jusqu'au 8 octobre à Toulouse.


Un touriste allemand a été retrouvé mort dans sa voiture, sur le parking d’un centre commercial prés de Saint-Tropez, le 7 septembre 2023. « Il avait attendu plus de quatre heures aux urgences, avant de quitter les lieux, l’hôpital ne recevant alors que les urgences vitales sur recommandations du Samu ou du Smur » déplore Françoise Dumont sénatrice du Var.

La parlementaire a interpellé Aurélien Rousseau ministre de la santé et de la prévention, sur la situation alarmante des services d’urgence, dans une question écrite, déposée le 20 septembre 2023. Une situation que détaille le syndicat Samu-Urgences de France (SudF), sur la période estivale 2023. 163 services d’urgence ont fermé au moins ponctuellement, le plus souvent la nuit, dans une soixantaine de départements, ce qui signifie qu’ils n’ont accueilli aucun patient se présentant spontanément ou adressé par la régulation du centre 15.

En Gironde, dans le Rhône et en Haute-Garonne, les urgences ont gardé portes closes au moins neuf fois. La situation des services mobiles d’urgence et de réanimation (SMUR) dont la mission est de répondre à l’urgence vitale, n’est pas plus reluisante. 70 % de ceux qui ont répondu à l’enquête de SudF ont été amenés à suspendre au moins une ligne ambulancière cet été dans 59 départements. Le Nord, la Gironde, les Pyrénées-Atlantiques, la Haute-Savoie et la Vendée, ont connu au moins cinq fermetures. «Le fonctionnement des services d’urgence n’a jamais été aussi altéré, avec des conséquences majeures sur les conditions d’exercices pour les professionnels, et les modalités de prise en charge pour les patients », commente SudF.


Un quart des admis aux urgences transportés par les pompiers

Cette dégradation pèse aussi sur les services départementaux d’incendie et de secours (Sdis). « 20 à 25 % des patients admis aux urgences sont transportés par les sapeurs-pompiers, sur décision du médecin régulateur du SAMU », précise Jean-Louis Salel, médecin chef du Sdis d’Ille-et-Vilaine (35) et président de l’Association nationale des médecins des services d’incendie et de secours (Anamnesis). Les Sdis réalisent plus de 4 millions d’interventions par an dans le cadre du secours et des soins à personnes, 20 % en prompt secours. «Le système hospitalier s’effondre et notre crainte c’est qu’il nous entraîne avec, s’alarme Norbert Berginiat, vice-président de la Fédération Nationale des Sapeurs Pompiers de France en charge des soins et secours d’urgence aux personnes et médecin chef du service d’incendie et de secours de la Manche.

Car les impacts sur les Sdis sont multiples. D’abord le délai des interventions s’allonge. « Le service des urgences est fermé la nuit depuis près d’un an, ce qui oblige nos équipages à se rendre à Rennes, Saint-Nazaire, par exemple poursuit Jean-Louis Salel. La durée d’immobilisation atteint deux voire trois heures sur ce secteur, au lieu d’une heure ailleurs ». Pendant qu’ils sont ainsi accaparés, les sapeurs-pompiers ne sont pas disponibles pour assurer leurs autres missions comme le secours incendie, ce qui oblige les Sdis à solliciter les centres de secours des territoires voisins.


Moins de disponibilité la nuit

Autre conséquence bien plus inquiétante :les Sdis observent une baisse du nombre de sapeurs-pompiers volontaires qui acceptent les astreintes en deuxième partie de nuit. « Sachant qu’une intervention est susceptible de durer 3 heures, ceux qui commencent à travailler à huit heures du matin, ne prennent plus d’astreinte après 5 heures, pour éviter d’arriver en retard au boulot », observe le lieutenant-colonel Jérôme Guinard, directeur des opérations du Sdis 35. Le temps d’immobilisation des équipages sapeurs-pompiers, est considérablement rallongé, dans certains territoires, car ils doivent attendre aux urgences que la victime soit prise en charge. «La communauté des médecins urgentistes a élaboré des recommandations pour que nous ayons des accès prioritaires, remarque le Docteur Berginiat. Mais ce n’est pas effectif partout. Des records ont été battus à Bordeaux avec parfois des délais d’attente de 4 voire 5 heures, avec la victime dans l’ambulance ».

Dans les départements où Samu et sapeurs-pompiers cohabitent et mutualisent le traitement des appels d’urgence, la situation n’est pas moins tendue. «Dans mon département où il existe une plateforme commune, Samu et Sdis ont proposé de mobiliser un équipage sapeurs-pompiers avec un infirmier (VLI), dans les territoires où un Smur était suspendu, pour soulager les équipes restantes, confie un urgentiste. Cet équipage était envoyé pour réaliser des soins qui n’exigent pas la présence d’un médecin. Cette organisation n’a tenu qu’un mois et demi, parce que les hôpitaux communiquaient les fermetures de services du jour pour lendemain. Ce qui ne laissait pas le temps aux pompiers de s’organiser». Norbert Berginiat confirme : «Dans certains départements les ARS ont appelé les Sdis pour qu’ils créent des lignes de VLI et mobilisent des médecins sapeurs-pompiers volontaires au pied levé, parfois l’après-midi pour le soir, parce qu’il n’y avait plus aucun Smur disponible ».

En Ille-et-Vilaine, SAMU, ambulanciers privés et Sdis ont trouvé une solution pour limiter l’impact de la fermeture du services d’urgence de Redon la nuit sur les centres de secours. «Le médecin régulateur peut décider qu’un ambulancier privé prend le relais d’un de nos équipages pour transporter une victime peu grave, jusqu’à un hôpital éloigné, détaille le capitaine Hugues Pisigo, du groupement prévision-opération. La jonction entre les sapeurs-pompiers et les ambulanciers se fait dans le service des urgences de Redon. Nous avons commencé à expérimenter cette solution à la fin de l’année 2022 et depuis nous l’avons pérennisée. 15 % de nos évacuations ont bénéficié d’une jonction. Il n’y a pas assez d’ambulanciers privés disponibles pour en faire davantage »


Publié le 04/10/2023 • Par Isabelle Verbaere • dans La Gazette

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