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Ce n’est pas aux Sdis de payer les défaillances des urgences

Plusieurs services départementaux d'incendie et de secours viennent de facturer aux hôpitaux les kilomètres supplémentaires effectués par les sapeurs-pompiers pour transporter les malades d’un hôpital à un autre. Olivier Richefou, à la tête de Conférence nationale des Sdis et président du Sdis de la Mayenne, a écrit au ministère de la Santé. Il s'explique.


Le Sdis de la Mayenne s’apprête à adresser une facture de 100 000 euros aux hôpitaux du département. Pourquoi ?

Cette somme correspond aux kilomètres en plus effectués par les sapeurs-pompiers pour emmener les patients d’un hôpital à un autre. Du fait de la fermeture d’un certain nombre de services d’urgences, les trajets se trouvent rallongés. Dans certains départements, les sapeurs-pompiers doivent parfois patienter plusieurs heures à l’hôpital. C’est une perte de temps, des frais d’entretien supplémentaires des véhicules… Or, ce n’est pas aux Sdis de payer les défaillances des urgences.

Au-delà de l’impact financier, ce dysfonctionnement du système de santé entraîne une perte de sens du travail du sapeur-pompier. Les sapeurs-pompiers ont vocation à sauver des vies, pas à faire des kilomètres ou à attendre devant un hôpital. Quand l’hôpital est à 4 km et qu’on leur dit d’aller à 50 km, il y a une perte de sens évidente… Sans parler évidemment des risques que cela fait courir au patient. À terme, cette problématique va avoir un impact sur le recrutement des sapeurs-pompiers professionnels, surtout les volontaires. Je commence déjà à rencontrer des employeurs qui rechignent à libérer leurs salariés pour qu’ils passent deux heures sur la route.

Vous avez donc alerté le ministère de la Santé…

Début 2023, nous avions déjà, au Sdis de la Mayenne, envoyé une facture du même type à l’Agence régionale de santé (ARS) Pays de la Loire pour l’exercice 2022. Elle nous avait répondu qu’elle ne disposait pas de ligne budgétaire à accorder aux hôpitaux pour ce type de frais. Fin 2023, j’ai écrit, en tant que président de la Conférence nationale des Sdis, au ministère de la Santé afin que nous puissions chiffrer ce phénomène au niveau national et que nous réfléchissions à des solutions. Nous attendons sa réponse.

Quelles sont selon vous les solutions ?

Il faudrait déjà, dans un premier temps, clarifier l’organisation des services d’urgences et améliorer la communication avec les sapeurs-pompiers. Aujourd’hui, ils ne savent pas toujours quel service est ouvert ou fermé et manquent de visibilité. Il faut généraliser la plate-forme unique pour le 15 (Samu) et le 18 (sapeurs-pompiers) qui permet le partage immédiat d’informations. La loi Matras le prévoit. Malheureusement, nous attendons depuis plus de deux ans la parution de l’arrêté ministériel censé lister les zones sur lesquels ce numéro unique sera expérimenté, sachant que des départements l’ont testé avant la loi Matras, avec succès.

Ensuite, et c’est la clé du problème, il faut permettre aux services d’urgences de rester ouverts. Dans mon département, il faudrait 80 urgentistes pour faire fonctionner les trois centres d’urgences 24h/24, 7 jours sur 7. Ils sont actuellement 60. C’est ça, la vraie solution.


Olivier Richefou (membre de l'UDI, président du conseil départemental de la Mayenne.)

La gazette des communes

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